Sans pour autant encourager un génocide de l’humanité toute entière pour laisser de la place aux animaux comme certains mouvement dont nous parlerons au cours de ce mois de février le désirent, on se demandera volontiers comment Noël Mamère compte concilier l’Homme et la Terre ?
Prenez les Pyrénées. Une région peu connue pour sa forte densité de population. Entre mai 1996 et mai 1997, trois ours slovènes y sont lâchés dans l’espoir de faire remonter la population à une vingtaine à l’horizon 2005. C’était sans compter la voracité et la dangerosité des ours qui s’attaquèrent aux bétails, et sur le caractère taquin du chasseur Pyrénéen qui abattit la dernière ours, une certaine Cannelle, en novembre 2004. Un important conflit opposa les pro et les anti, les pros étant les zentils face à une opinion publique assez peu sensible aux problème d’agressivité animale – qui a peur du bon Yorkshire de gran'mère ?
Mais alors, Noël Mamère, que faudrait-il faire ? Tu sais pas ? Ca me fait la même chose à chaque fois que je demande quelque chose à Mamère, de toute façon...
Pour résoudre cet épineux problème je propose que nous nous tournions vers de plus éminent penseur de la Nature et de la Providence qui sauront mieux que personne départager les amis des ours – de ceux qui vivent près des ours…
Retournons donc ensemble au XVIII° siècle et, une fois n’est pas coutume, Voltaire et Rousseau se chamaillent.
Le tremblement de terre de Lisbonne
Nous sommes en 1755, le 1er novembre : l’un des tremblements de terre les plus meurtriers de l’histoire vient d’avoir lieu. Son épicentre est probablement situé à 200km du cap Saint-Vincent. Touchant de plein fouet la ville de Lisbonne vers 9H40 du matin, il fera entre 50 000 et 100 000 victimes. Comme l’écrira Théodore Adorno en 1966 : « Le tremblement de terre de Lisbonne suffit à guérir Voltaire de la théodicée de Leibniz » mais on ne peut pas en dire autant de Rousseau.
C'est après un échange de lettres houleux avec Rousseau, partisan notoire de l’Optimisme, que Voltaire se lance dans l’écriture d’un ouvrage que maudira la jeunesse française pour des siècles et des siècles : Candide. Ainsi, dans sa Lettre sur la Providence en 1756, Voltaire entreprend d’enterrer Leibniz sous le poids des cadavres de Lisbonne :
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
La catastrophe naturelle est bien le sujet central de l'œuvre et elle est considérée comme une émanation de la Providence divine, entendue comme action de Dieu sur terre. Du plan divin.
Aujourd’hui, certaines organisations éco-sectaires envisagent la réduction de la population humaine, parfois par la violence - naturelle ou non - comme un juste "retour des choses". Ces terroristes verts ont d’autres noms pour la Providence et la Justice Divine, respectivement «éco-système» et «rééquilibrage climatique». De biens belles choses, n'est-ce pas ?
Avez-vous déjà remarqué que toutes les catastrophes naturelles ont leurs "apologistes", de la Peste au Sida ?
C’est la faute à Rousseau !
Selon Rousseau, il n’y a plus aucun remède au mal qui ronge l’humanité Ses premières oeuvres, dont on a surtout retenu le portrait d’un « premier homme » rêvé, sont pourtant le portrait d’une dégradation millénaire qui a mené aux Temps actuels où l’homme - maudit - n’a plus accès aux voix de la Nature. Il s’est coupé du « plan divin » qui faisait de lui un animal vivant en harmonie avec la Nature.
Bien sûr, Jean-Jacques propose des remèdes : les fameux « remèdes dans le mal » qui cherchent dans la civilisation - mauvaise par définition - des moyens de rendre à nouveau l’homme heureux en le rapprochant de la nature, par exemple par l’édifiante lecture de La Nouvelle Héloïse, ou par le respect des conseils prodigués dans La Lettre à d’Alembert. Ce que propose Rousseau, ce sont des soins palliatifs pour des sociétés corrompues. C’est le Rousseau «homéopathe» qui injecte la Nature à petite dose. Rousseau aurait-il rallié le New Age ? On ne sait pas...Mais la regénération n’est pas toujours possible. Et certainement pas pour tout le monde...
Prophète de malheur, Rousseau a des rêves de punitions divines. Dans la prosopopée de Fabricius qui vint à Rousseau sous un arbre - forcément - sur le chemin de Vincennes, Jean-Jacques aura la Révélation de la corruption de la Civilisation. C’est le début de sa carrière philosophique, la fameuse "illumination de Vincennes" :
« Romain hâtez-vous de briser ces marbres, de brûler ces tableaux… »Il faudrait tout détruire : encourager l’Apocalypse ! Même s’il s’en dédit assez vite dans le texte en question, cette tentation reviendra souvent dans son oeuvre, par exemple dans le fameux échange de texte qui aura lieu entre Voltaire et lui lors du tremblement de terre de Lisbonne. Alors même que la catastrophe naturelle est encore fort présente dans les Esprits, Rousseau prêche l’ablation des souches corrompues de l’humanité dans sa réponse :
Vous auriez voulu, et qui ne l’eut pas voulu ! que le tremblement se fût fait au fond d’un désert. Mais que signifierait un pareil privilège ? [...] Serait-ce à dire que la nature doit être soumise à nos lois ? J’ai appris dans Zadig, et la nature me confirme de jour en jour, qu’une mort accélérée n’est pas toujours un mal réel et qu’elle peut passer quelquefois pour un bien relatif. De tant d’hommes écrasés sous les ruines de Lisbonne, plusieurs, sans doute, ont évité de plus grands malheurs ; et malgré ce qu’une pareille description a de touchant, et fournit à la poésie, il n’est pas sûr qu’un seul de ces infortunés ait plus souffert que si, selon le cours ordinaire des choses, il eût attendu dans de longues angoisses la mort qui l’est venue surprendre.La religion naturelle : Dieu est-il un légume ?
L’homme n’est plus à sa place et, cette place, il n’a plus aucun moyen de la connaître. Ou presque... Pour Rousseau, il y a un « plan divin » comme il y a un plan dans la nature. Sa pensée s’acharne à souligner l’impuissance de l’homme et sa félicité candide au cœur d’un plan naturel, providentiel, ou par le biais d’un homme providentiel (cf. La Nouvelle Héloïse).
Dans ce cadre, toute manifestation de Dieu, y compris les catastrophes, doivent être bienvenues. Nature divinisée, nature consciente, Rousseau va jusqu’à bénir les manifestations de cet Être, du « grand tout », ici dans un extrait de son ouvrage jamais terminé La morale sensitive :
Si Dieu existe, il est parfait ; s’il est parfait, il est sage, puissant et juste ; s’il est juste et puissant, mon âme est immortelle ; si mon âme est immortelle, trente ans de vie ne sont rien pour moi, et sont peut-être nécessaires au maintien de l’univers. [...] Toutes les subtilités de la métaphysique ne me feront pas douter un moment de l’immortalité de l’âme, et d’une Providence bienfaisante.La catastrophe naturelle devient un moment de pénitence ! C’est le moment où les souches corrompues disparaissent et où la foi de l’homme en la Nature est mise à l’épreuve. Joie - donc ! En résumé, si, pour Voltaire, les catastrophes naturelles sont autant d’indice que Dieu n’existe pas, elles sont autant de preuve pour Rousseau que Dieu existe et agit pour le mieux dans un monde... qu’il réprouve. C’est en cela qu’il est le « meilleur des mondes possibles » (Voltaire aimait bien squeezer le dernier mot).
De la religion naturelle de Rousseau à l’éco-sectarisme, on voit la résurgence d’une culpabilité religieuse : le fameux « bilan carbone » par lequel tout homme peut, aujourd’hui, faire un point sur son péché et.... acheter quelques indulgences ?
La divergence : l’homme est-il un cancer ?
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| Otto Dix, Flandern (Les Flandres) (D'après Le feu d'Henri Barbusse), 1934-6, huile et tempera sur toile, 200 x 250 cm, Staatliche Museen Preubischer Kulturbesitz, Berlin. |
Autrement dit, Nature et Humanisme ne vont pas nécessairement de pair. Au contraire! L’écologie n’a pas pour sujet les intérêts humains. L’écologie la plus violente est anti-spéciste voir anti-humaine, et c’est ce dont ce réclament certains groupes : l’homme est le cancer de la terre. L’harmonie entre l’homme et la terre reste introuvable, sauf dans la mort : l’esthétique de la pourriture corporelle, où le corps de l’homme se dissout dans la terre.
L’au-dela écolo est en en-deca, un paradis sans nuages mais tout aussi édenique où l’homme ne fait plus qu’un avec la Nature.
Conclusion : Rousseau 1 - Noel Mamère 0




beaucoup d'associations d'idées... j'ai pas tout compris mais c'est assez beau.
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