vendredi 4 février 2011

Chronique Ciné / Faites le mur !

« Ah, et il chauffe pas les rues avec ce qu’on paye !»
Entendu dans un bar à Maison-Alfort.


Récemment, un ami féru d’urbanisme et d’histoire me faisait remarquer que, à Berlin, le Street Art préludait toujours à la boboïsation d’un secteur. Copycat du modus-operandi des taggeurs, les streets-artistes - à ne surtout pas confondre avec artiste de rue hein ! - marquent les quartiers pauvres avec leur art pour signaler que ledit quartier est devenu habitable par leur caste (la mienne, par exemple). Selon mon ami, les habitants en sont alors expulsés à coup de billets pour que, sur une période de dix à quinze ans, un quartier puisse devenir trendy. En urbanisme, on appelle ça, la gentrification.

Loin de me prononcer sur la question, il faut tout de même constater que la gentrification est un phénomène qui touche tous mouvements artistiques.

Modérément passionné par le street-art, je décidais de mettre de côté l’agacement que provoque chez moi la subversion par le pochoir, pour aller voir Faites le Mur ! au cinéma. Il s’agit du documentaire réalisé par le pape du Street art, Banksy, unanimement salué par la critique ciné.
Méfiant, je m’attendais à écouter la petite histoire de ce mouvement artistique racontée de façon suffisante par celui qui a, plus que les autres, tiré son épingle du jeu. Je me trompais !

Et il faudrait commencer par critiquer la traduction du titre qui manifeste rien moins qu’une incompréhension totale de son contenu. Exit through the Gift Shop, puisque tel est le vrai titre, est une chronique mélancolique sur la manière dont "la fuite par la porte arrière" - à l’arrivée de la police - a été détournée par les marchands du temple - "le gift shop".

Et Banksy de confier, à la fin du film que si, auparavant, il conseillait à tout le monde de «Faire le mur», on ne l’y reprendrait plus : nous ne sommes pas tous égaux devant le street art. Propos tout aristos qui témoigne d’une réflexion sur la place de l'artiste : au dessous ou au dessus ?

Oui, Exit through the gift shop est un film sur l’Art - surtout pas sur le Street Art. Artisan-aristo, Banksy détourne l’apologie pour en faire une diatribe qui, non sans tendresse, non sans regrets, dit une seule chose : le Street-Art est mort.

Car Banksy est pour ainsi dire absent du film. En lieu et place, ce célèbre anonyme fait le portrait d'un personnage qui, pendant une vingtaine d’année, se serait passionnée pour la capture cinématographique du street-art : un français du nom de Thierry Guetta vivant aux Etats-Unis et dont la particularité serait de filmer tout, et tous le temps. Il se vante d'avoir accompagné Space Invaders, Shepard Fairey (Obey) ou encore Banksy lui-même dans leur séance de peinture ou de collages nocturnes.


Et là où ce documentaire est fidèle à l'art de Banksy, chausse-trappe et mise en abime s'entend, c'est que ce personnage n'a peut-être tout simplement pas existé... En effet, de très nombreuses preuves abondent dans ce sens : Thierry Guetta, le personnage du documentaire serait un canular ! Vous pouvez lire un article qui étaye cette théorie ici. Docu-fiction ou prankumentary comme on peut le lire sur la toile, Faites le mur détruit un culte artistique vide de sens dans l'espoir d'une renaissance : sauver le street art ou créer quelque chose de différent ?

En somme, cette belle preuve du talent de Banksy me fait me demander, tout simplement, si le pape du street-art existe vraiment : serait-il lui aussi un bon gros canular ? Sa présence au second plan de son film lui permet de donner à son personnage une existence matérielle, vivante et statufiée par son aura d'anonymat. On saluera la stratégie.

Un film à ne pas rater !

Site officiel de Banksy, ici.

2 commentaires:

  1. idee cadeau : http://store.theonion.com/product/sometimes-i-feel-like-im-the-only-one-trying-to-ge,265/

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  2. Belle chronique. J'ai terriblement envie d'aller le voir.

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